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De la technique Alexander en classe?

par Laetitia   |   19/06/2018   |   Nb de lectures : 82   |   Commentaires : Pas de commentaire

 

 

Voici l’extrait d’un dossier j’ai réalisé : il s’agit d’un projet pilote pour intégrer une technique de prévention posturale (ici la technique Alexander) dans une classe de CE1.

 

 

 

 

Une étude réalisée sur des enfants de moins de 5 ans a démontré qu’à la fin d’une journée d’école, les enfants perdent 2 cm*! Ces centimètres qu’ils récupèrent au cours de la phase de sommeil en position allongée, au fil du temps, seront de moins en moins rattrapés. L’école aurait donc un rôle à jouer et une responsabilité dans l’évolution du fonctionnement corporel des enfants qu’elle a en charge et dans leur posture future.

Quand on sait que le mal de dos et que le stress sont les maux du siècle et que la posture joue un rôle déterminant sur ces 2 sujets, il est peut-être temps d’agir non pas en aval du problème mais en amont. Autrement dit, plutôt que de laisser des tensions s’ancrer en habitudes posturales et ensuite de devoir passer par une phase de rééducation et de soin, il serait peut-être judicieux de mettre en place de vrais moyens préventifs auprès des enfants avant même que ces habitudes posturales ne s’installent.

L’évolution de l’homme…

 

Observez un enfant de 2 ans que nous appellerons Sacha: Bien que maladroit, son corps est parfaitement aligné, d’une souplesse déconcertante. Ses mouvements sont efficaces et naturels. Il plie les genoux pour ramasser un objet, sa colonne est parfaitement droite lorsqu’il est assis par terre en train de s’adonner à sa tâche préférée. Qu’il soit au repos ou en action chaque partie de son anatomie est utilisée de façon juste, sans raideur, chaque muscle est au maximum de son efficacité ni trop tendu, ni trop peu.

Observez maintenant Sacha à l’âge adulte : devant un ordinateur, en train d’attendre le bus, d’écrire un sms, de parler à un proche, de faire du sport, etc. , il est avachi, voûté, ses mouvements sont moins fluides, sa posture s’est largement détériorée. Il n’arrive peut-être même plus à s’asseoir en tailleur avec le dos droit. Il ne plie plus les jambes lorsqu’il ramasse un objet. Son corps est sous tensions, sa colonne comprimée et tassée.

Que s’est il passé au cours de ces quelques années ?

Chez l’homme, il existe un instinct naturel qui lui permet de se mouvoir et de se tenir droit de façon naturelle et parfaite. Il s’agit du « réflexe anti-gravitaire ». Avec le temps, le stress, le travail répétitif, les contraintes ergonomiques (chaise, sac, chaussure, ordinateur, etc.), la sédentarité, l’homme entrave son instinct naturel. La posture se détériore, les mouvements sont moins fluides, la respiration est altérée. Tensions musculaires, nerveuses, douleurs, blessures apparaissent.

Qu’est ce que la posture ?

On se fait souvent l’idée de la posture comme étant une position corporelle à tenir. On oublie qu’elle est modelée par nos émotions (immédiates et répétées) et qu’elle est l’expression physique de nos réactions – nos réactions face à un stimulus. Ce stimulus peut être un objet, (une chaise, un ordinateur, un stylo, etc.), une personne ( un parent, un enseignant, un camarade de classe, etc.), une tâche à accomplir (réciter une poésie, écrire, lire, chanter, courir, etc.) ou juste une pensée. Elle est complètement liée à la conception que j’ai des choses, des mouvements, de mon corps, de ma place dans la société, de l’idée que je me fais d’une personne, etc.

Si l’on est tous conscient de l’importance d’une bonne posture pour notre fonctionnement corporel, on l’est beaucoup moins de son effet sur notre état mental, nerveux et émotionnel. En effet, une mauvaise posture n’est rien d’autre que des tensions musculaires et par extension des tensions nerveuses (même pour quelqu’un d’avachi!). En effet, le cerveau traduit toutes tensions musculaires en tensions nerveuses et donc en stress, en anxiété. La posture va donc avoir à la fois un effet sur notre fonctionnement physique immédiat et futur mais également sur notre état mental immédiat et futur.

Autrement dit, nos réactions déterminent notre posture et notre posture détermine nos réactions.

Chez l’enfant, la prise en compte de la posture va lui permettre une réelle prévention de son état physique futur mais également déterminera les conditions physiques, mentales et émotionnelles dans lesquelles l’enfant se trouvera pour apprendre.

La posture correspond donc aux fondations nécessaires à tous apprentissages. La posture détermine l’attitude d’un enfant dans l’apprentissage et inversement.

C’est quoi alors une bonne posture ?

Tout le problème est bien là.

Si je dis au petit Sacha qui a maintenant 7 ans de «se tenir droit ». Il va immédiatement prendre une posture « militaire » qui n’est autre que de nouvelles tensions. Il ne tiendra d’ailleurs pas très longtemps cette position et s’avachira à nouveau sur son cahier d’écriture. Que signifie se tenir droit exactement?

Comme nous l’avons vu précédemment, il existe un instinct naturel qui permet à l’homme de se mouvoir et de se tenir droit de façon naturelle et parfaite (et sans effort musculaire!!!). Chez l’enfant, les habitudes posturales ne sont pas encore ancrées. Il suffirait non pas de lui apprendre comment se tenir droit mais plutôt comment ne pas entraver le fonctionnement naturel du corps, comment préserver cet instinct naturel.

C’est exactement ce que propose la technique Alexander

 

Qu’est ce que la technique Alexander ?

La technique Alexander (TA) est une technique de prévention et de rééducation posturale . Elle a pour but de s’appliquer dans le quotidien et permet ( chez l’enfant) de préserver ce fonctionnement corporel parfait, de ne pas l’entraver. Chez l’adulte, elle passe par une phase de rééducation car les habitudes posturales sont trop ancrées.

Maintenant intégrée dans de nombreuses écoles en Angleterre et aux Etats Unis, elle y fait d’ailleurs l’objet d’une grande étude en milieu scolaire.

Basée sur la relation dynamique entre la tête, le cou et la colonne, la technique Alexander apprend à répondre à tout stimulus ou plus généralement à la vie (sport, musique, écriture, chaise, ordinateur, personne, dossier à traiter, exercice à réaliser, etc.) avec une posture adaptée, une meilleure coordination, un minimum de tensions pour un maximum d’efficacité.

La technique Alexander est basée sur un processus simple en 3 étapes en relation à un stimulus : stop / penser / agir.

Voici un exemple concret :

Sacha doit maintenant résoudre un problème de mathématique (le stimulus).

La technique Alexander va lui apprendre à s’arrêter avant de réagir, à ne pas se jeter sur la tâche à accomplir immédiatement mais plutôt à attendre (stop) .C’est le principe d’inhibition** nerveuse qui fait l’objet de nombreuses études par les neuro-scientifiques (rien à voir avec l’inhibition Freudienne!!!).

Cet arrêt va lui permettre de se centrer, de respirer, de penser à son corps, de se coordonner de façon plus approprié (c’est ce que l’enfant apprendra au cours des séances de TA), de calmer son système nerveux, de se mettre dans les meilleures conditions physiques et mentales pour réaliser son exercice (penser).

Ensuite seulement, il se mettra au travail (agir). Une fois intégré, ce petit processus ne prend que quelques secondes et permet à l’élève d’être au maximum de son potentiel. Il est applicable en toutes situations : réciter une poésie, écrire, faire du sport, écouter, réfléchir, chanter, etc.

 

Intérêt d’intégrer une telle technique dans la scolarité des enfants :

La technique Alexander va avoir un effet visible et efficace sur la posture (au sens large du terme) et ainsi agir à plusieurs niveaux :

  • Physique : Si la posture est naturelle, le corps fonctionne parfaitement: les poumons ont l’espace nécessaire pour bien fonctionner, l’enfant respire mieux; l’appareil phonatoire fonctionne bien, l’enfant place sa voix correctement; les tensions musculaires sont évitées et plus tard des douleurs chroniques voire les blessures ; les mouvement sont fluides, l’enfant améliore sa coordination et donc toutes les activités liées à cette dernière.
  • Mental  et émotionnel: En évitant les tensions physiques, les tensions nerveuses sont également limitées: réduction du stress et de l’anxiété; centrage, confiance; apaisement du système nerveux
  • Apprentissage : La technique Alexander est en elle-même un processus d’apprentissage applicable à tous les domaines, puisqu’il s’agit d’apprendre à « apprendre ». Elle privilégie le processus d’apprentissage plutôt que le résultat, la prise de conscience du processus. L’enfant apprend à ne pas se jeter sur la tâche mais à prendre du recul.

A l’image de sa posture, l’enfant est calme, centré, attentif, confiant, coordonné, dans les conditions psychophysiques idéales pour apprendre et raisonner

La fréquence :

Au début de l’apprentissage, des séances régulières sont nécessaires (au moins une fois par semaine). Par la suite, des « piqûres de rappel » peuvent être mis en place sur demande de l’enseignant. Une participation active de l’enseignant est nécessaire pour aider les enfants à appliquer la technique en classe en dehors des séances.

Conclusion:

On parle beaucoup de “qualité de vie au travail “(QVT) dans le monde de l’entreprise, la technique Alexander pourrait être un moyen d’agir pour la QVE: la qualité de vie à l’école et ainsi participer au plaisir d’apprendre et au bien-être de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra.

*Ellison, P.T. (1993) American Journal of Human Biology Vol. 5 P193-201

** : ce travail d’inhibition nerveuse face à un stimulus fait partie des spécificités de la technique Alexander et tout son intérêt pour un public d’enfant.

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